Le mot du prêtre: l’absence d’offices religieux: signe de Dieu?

Le mot du prêtre: l’absence d’offices religieux: signe de Dieu?

SIXIEME DIMANCHE DE PÂQUES – 16-17 mai 2020

En ces temps où nos églises par centaines de milliers et sur plusieurs continents (de même dans les synagogues et les mosquées) n’ont pas eu d’offices religieux: posons-nous la question : est-ce un signe ou un défi de Dieu, une sorte de vision afin de nous avertir de ce qui risque de se passer dans un avenir plus ou moins proche? Ne sommes-nous pas avertis par les fermetures d’églises désaffectées, de séminaires, de communautés religieuses? Ne s’agit-il pas de la fin d’un chapitre et du début d’une nouvelle page du christianisme? N’avons-nous pas trop cherché à convertir le monde et beaucoup moins à nous convertir nous-mêmes par un changement radical de «l’être chrétien»? Pensons-nous judicieux de répondre au manque de prêtres en Europe en important des hommes pour la machinerie ecclésiale à partir de puits apparemment sans fond en France, en Pologne, en Afrique, en Asie? Ne vaudrait-il pas mieux accepter le sevrage des services religieux et du fonctionnement de l’Eglise comme une occasion pour nous engager dans une réflexion profonde devant Dieu et avec Lui?

Beaucoup de nos églises sont restées vides à Pâques. Mais nous avons pu lire à la maison les passages de l’Evangile sur le tombeau vide. Et si le vide de nos églises évoquait le tombeau vide, n’ignorons pas la voix d’en-haut: «Il n’est pas ici. Il est ressuscité. Il vous précède en Galilée.» Mais où se trouve la Galilée d’aujourd’hui où nous pouvons rencontrer le Christ Vivant? Les «chercheurs» de Dieu sont de plus en plus nombreux, alors que d’autres «pratiquants» comme l’on dit, ont tendance à diminuer. Entre les deux, tous les «apathiques» qui se disent indifférents aux questions religieuses. Or les frontières sont très subtiles. Il existe, en effet des «chercheurs» parmi les croyants (ceux pour qui la foi n’est pas un héritage, mais un chemin) et de même parmi les non-croyants, qui tout en rejetant les principes religieux, ont une soif d’absolu afin d’apaiser leur appétit de sens de la vie. Voilà sans doute la Galilée d’aujourd’hui.

L’Evangile nous enseigne combien le Christ est à rechercher parmi les marginalisés de la société et même de notre Eglise. C’est ce que le Pape François appelle: «aller vers les périphéries.» L’expérience de la mort a radicalement transformé le Christ. Personne ne l’a immédiatement reconnu. Nous pouvons persister à vouloir toucher ses plaies mais ce sera dans les blessures du monde, blessures de l’Eglise, blessures du corps qu’il a pris sur lui. Abandonnons tout prosélytisme cherchant à convertir les «chercheurs» au plus vite afin de les enfermer dans les limites institutionnelles et mentales existantes. Jésus, lui-même, n’a pas cherché à ramener «les brebis égarées de la maison d’Israël» dans les structures du judaïsme de son époque. Il l’a bien dit: Le vin nouveau doit être versé dans des outres neuves. Prenons les choses nouvelles et anciennes dans le trésor de notre Tradition qui nous a été confié et prenons cela pour un dialogue dans lequel nous avons à apprendre les uns des autres. Le Christ franchit toujours les portes que nous avions verrouillées par peur des autres, il franchit toujours les murs dont nous nous sommes entourés. Il ouvre toujours un espace infini. A nous de saisir cette opportunité.

Historiquement, après la destruction du Temple de Jérusalem, les Juifs ont innové courageusement : ils ont remplacé les rites accomplis dans le Temple, par les rites accomplis dans le cadre domestique, à la maison: réflexion, prière, étude des Ecritures. Histoire parallèle, les premiers chrétiens, bannis des synagogues, ont dû chercher une nouvelle identité. Ainsi, chaque courant de son côté, a dû apprendre à réinterpréter la Loi et les Prophètes. Ne vivons-nous pas un défi historique similaire? Nous pouvons considérer nos églises vides et silencieuses de ces derniers deux mois comme une mesure simple et provisoire qui sera vite oubliée. Mais aussi saisir cette opportunité comme un moment propice à approfondir notre foi, et notre compréhension de l’Eglise dans ce monde qui se transforme radicalement sous nos yeux. Ne cherchons pas le Vivant parmi les morts.Cherchons-le avec audace et ténacité, et ne soyons pas surpris s’il nous apparait comme étranger. Nous le reconnaîtrons à ses plaies, à sa voix, à l’Esprit qui apporte la paix et bannit la peur. La veille de son élection papale, le cardinal Bergoglio a cité un passage de l’Apocalypse dans lequel Jésus se tient devant la porte et y frappe. Il a ajouté: aujourd’hui, le Christ frappe de l’intérieur de l’Eglise et veut sortir. Peut-être est-ce ce qu’il vient de faire.

Thierry Fouet

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